Écrans et attention des élèves : ce qu’on sait et ce qu’on peut ajuster en classe

Trois élèves travaillent autour d’un ordinateur portable, d’un livre ouvert et d’un cahier, accompagnés par une enseignante.

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Date de mise à jour : 7 novembre 2026 • ◷ temps de lecture estimé 10:00

Sommaire

    Comment savoir si un écran soutient réellement l’apprentissage ? Un même ordinateur peut aider un élève à comprendre une notion, chercher une information ou collaborer, puis devenir une source de distraction.

    Pour une équipe éducative, trois leviers sont à examiner : le support choisi, les sollicitations autour de l’élève et l’organisation de l’activité. Cet article propose une grille simple, des ajustements à essayer et les principaux résultats de recherche pour éclairer vos choix.

    L’objectif : repartir avec une activité à examiner et un premier ajustement adapté à votre classe. Les pistes concernent les équipes du primaire et du secondaire, au Québec comme dans la francophonie.

    Pour les durées recommandées par âge et les règles propres aux milieux, consultez mon autre article : Temps d’écran par âge au Québec et en France

    Ce qui sollicite l’attention à l’écran

    Pour aborder le sujet, on peut distinguer l’attention attirée par un événement extérieur — un bruit, un mouvement, une notification — et l’attention orientée vers un objectif, comme lire, comparer ou résoudre un problème. Cette distinction simplifie des mécanismes plus complexes. [1]

    Suivre une consigne demande notamment de garder une information en tête et de résister à certaines distractions. Les capacités de contrôle de l’attention évoluent avec le développement ; les élèves ont des besoins différents. [1]

    À l’écran, une notification, un autre onglet ou une vidéo qui démarre automatiquement peuvent détourner de la tâche. Examiner ces sollicitations permet de chercher des ajustements dans l’environnement, au-delà du seul effort demandé à l’élève.

    Examiner une activité avec cinq questions

    Choisissez une activité sur écran que vous utilisez déjà ou que vous préparez. Ces cinq questions vous aident à repérer ce qui mérite d’être clarifié avant de choisir un ajustement.

    1. L’apprentissage visé. Que doit faire l’élève avec le contenu : le comprendre, le comparer, l’expliquer, le réutiliser ?

    2. Le support. Qu’apporte l’écran pour cette tâche ? Un autre support conviendrait-il mieux, ou à certains élèves ?

    3. Les sollicitations. Quels onglets, notifications ou contenus sans lien avec l’activité restent accessibles ?

    4. L’organisation. Quand l’écran s’ouvre-t-il et se ferme-t-il ? Que prévoit-on ensuite pour reprendre ce qui a été appris ?

    5. Les besoins individuels. Quels outils ou adaptations permettent à chaque élève d’accéder à la tâche, par exemple une synthèse vocale ou une aide à l’écriture ?

    Regarder une démonstration peut demander une réflexion soutenue. À l’inverse, produire un diaporama ne garantit pas que l’élève comprenne mieux la notion. Cherchez ce que l’activité lui demande de faire avec l’information.

    Une activité à examiner dès maintenant

    Pour une courte vidéo scientifique, vous pourriez annoncer une question avant le visionnement, puis demander aux élèves de dessiner les étapes du phénomène et de les expliquer à un pair. La grille aide alors à préciser l’objectif, le support et la suite de l’activité.

    Dans votre propre activité, repérez la question dont la réponse est la moins claire. Elle peut vous donner un premier point de départ.

    Ajuster le support, les sollicitations et le rythme

    Les propositions suivantes sont à adapter à l’âge des élèves, à la matière, aux besoins particuliers et aux règles du milieu. Choisissez-en une à essayer plutôt que de modifier toute votre organisation en même temps.

    Choisir le support selon la tâche

    1. Pour lire et annoter, examinez l’intérêt d’une version papier, notamment pour un texte informatif long. Les recherches trouvent un avantage moyen du papier dans certaines conditions ; cela ne constitue pas une règle pour tous les apprentissages. [4]

    2. Pour travailler les notes, demandez un résumé en ses mots, un schéma ou trois idées à expliquer. Cette proposition pédagogique permet de regarder ce que l’élève comprend, quel que soit l’outil utilisé.

    3. Préservez les aides technologiques. Une synthèse vocale, un logiciel de prédiction de mots ou un autre outil peut être nécessaire pour accéder à la tâche. Les auteurs de l’étude sur le multitâche rappellent eux-mêmes l’importance de ces besoins. [2]

    Réduire les sollicitations inutiles

    1. Convenez des applications et des documents nécessaires. Fermez les autres onglets lorsque cela reste compatible avec les aides utilisées. Désactivez les notifications non indispensables sur les appareils de travail.

    2. Évitez les activités numériques simultanées sans lien avec la tâche. La Société canadienne de pédiatrie recommande notamment de décourager la multiplication des activités médiatiques pendant les devoirs. [8]

    3. Organisez le rangement des téléphones personnels selon les règles de votre établissement et leurs exceptions. Discutez aussi avec les élèves de ce qui les interrompt et des moyens de revenir à la consigne.

    Au primaire, les capsules Éthique du numérique pour les enfants, destinées aux 8 à 12 ans, peuvent servir de support pour ouvrir cette discussion.

    Préparer le rythme et la fin de l’activité

    1. Annoncez les étapes et le moment de fermeture de l’outil. L’appareil peut ainsi être mis de côté lorsque son usage est terminé.

    2. Prévoyez des pauses adaptées à la durée et aux besoins. La Société canadienne de pédiatrie rappelle l’intérêt de pauses régulières lors des usages prolongés. Leur organisation en classe est à articuler avec l’âge, l’activité et les consignes du milieu. [8]

    3. Préparez la suite. Un échange oral, une manipulation ou une explication à un pair peuvent permettre de reprendre le contenu. Choisissez la transition en fonction de ce que les élèves doivent comprendre.

    Ce que la recherche permet d’en dire

    Les recherches ne testent pas toutes la même situation. Plusieurs expériences portent sur des adultes à l’université ou en laboratoire. Leurs résultats éclairent les choix pédagogiques, avec une prudence particulière lorsqu’on les transpose aux plus jeunes.

    Sur petit écran, faites défiler le tableau horizontalement.

    Attention et apprentissages : situations étudiées, résultats principaux et limites à retenir.
    Situation étudiée Résultat principal Limite à retenir
    Multitâche sur ordinateur pendant un cours [2] Dans deux expériences, les étudiants qui réalisent des tâches sans lien avec le cours, ou voient un voisin le faire, réussissent moins bien un test de compréhension. Cours universitaire simulé. Ce résultat ne mesure pas une dégradation générale de l’attention chez les enfants.
    Notifications pendant une tâche [3] Dans une expérience, recevoir une notification perturbe la performance à une tâche d’attention, même sans utiliser le téléphone. Adultes en laboratoire. L’effet observé sur cette tâche ne permet pas de chiffrer celui d’une notification dans chaque classe.
    Lecture sur papier ou sur écran [4] Une méta-analyse de 54 études trouve un petit avantage moyen du papier, notamment pour les textes informatifs et sous contrainte de temps. Les lecteurs, les textes et les conditions varient. Ce résultat ne signifie pas que le papier est supérieur pour toute activité.
    Notes à la main ou au clavier [5, 6] Une synthèse de 2024 trouve un avantage moyen des notes manuscrites, prises puis révisées. Une synthèse de 2022 ne trouvait pas de différence sous conditions contrôlées. Les périmètres et les conditions diffèrent ; les travaux de 2024 portent sur des étudiants. Éviter une règle uniforme pour les élèves.
    Simple présence d’un téléphone [7] Une méta-analyse de 33 études ne trouve pas d’effet global significatif de la seule présence du téléphone sur les performances cognitives. Distinguer la présence de l’appareil, les notifications et son utilisation effective : ce sont des situations différentes.

    Pour la classe, ces résultats invitent à examiner les distractions accessibles, le choix du support et la manière de travailler le contenu. Ils ne permettent pas de prédire l’effet d’un changement pour chaque élève.

    Le regard R.É.S.O.N.E. sur l’attention

    Avec R.É.S.O.N.E., mon cadre de santé globale, j’invite les équipes à relier l’Équilibre numérique à l’Éveil cognitif et social : qu’est-ce que l’élève fait, comprend, produit ou partage pendant l’activité ?

    Le regard peut ensuite s’élargir au Sommeil et à la récupération, à la Régulation du stress et aux possibilités de mouvement. Une activité se déroule dans une journée vécue par des élèves et des adultes, avec leurs ressources et leurs contraintes.

    Cette lecture aide à choisir un ajustement qui tient compte de plusieurs besoins.
    Elle sert à organiser la réflexion ; elle ne remplace pas une évaluation pédagogique ou clinique individuelle.

     

    Observer ce qui change

    Avant l’essai, choisissez une activité et un signe observable.
    Par exemple :

    • Les élèves commencent-ils avec moins de demandes de clarification ?

    • Reviennent-ils plus facilement à la consigne ?

    • Le travail produit répond-il mieux à l’objectif ?

    Après deux ou trois semaines, faites un point en équipe.
    Regardez les changements, les élèves pour qui l’essai fonctionne moins bien et l’effort demandé à l’adulte.
    Demandez aussi aux élèves ce qui les a aidés ou interrompus.

    Une classe plus silencieuse ne suffit pas à montrer que les élèves comprennent mieux.
    Ces observations servent à décider quoi conserver ou modifier ; elles ne prouvent pas, à elles seules, que l’ajustement explique les progrès.

     

    Quand demander un appui ?

    Une difficulté d’attention persistante qui gêne la vie scolaire mérite un échange avec la famille et les professionnels appropriés. Vous pouvez demander cet appui en parallèle des ajustements de classe.

    Une étude menée auprès de 2 587 adolescents observe une association modeste entre des usages numériques très fréquents et des symptômes ultérieurs d’inattention et d’hyperactivité. Les symptômes étaient autodéclarés ; l’étude ne permet pas de conclure que les écrans causent un TDAH. [9]

    Si les difficultés s’accompagnent de souffrance ou si l’usage des écrans devient préoccupant, suivez les procédures de votre milieu. Notre page de ressources pour les familles et les équipes éducatives présente des services d’orientation et d’aide au Québec et en France.

     

    Au Québec et en France

    Les questions pédagogiques se posent dans les deux pays, mais les règles doivent être lues dans leur contexte local.

    Au Québec, l’interdiction d’utilisation des appareils mobiles personnels a été élargie à l’ensemble du terrain de l’école et aux pauses à la rentrée 2025. Des exceptions existent notamment pour des raisons pédagogiques, de santé ou pour des besoins particuliers. [10] Le cadre de référence scolaire du MSSS publié en 2026 est également à consulter avec la direction. [12]

    En France, l’interdiction d’utilisation du téléphone s’étend aux lycées depuis la rentrée 2026. Le règlement intérieur précise les modalités et les dérogations ; des dispositions existent notamment pour les usages pédagogiques et les besoins liés au handicap ou à la santé. [11]

    Pour comparer les recommandations par âge, consultez l’article : Temps d’écran par âge au Québec et en France.

    Questions fréquentes sur les écrans et l’attention des élèves

    La place des écrans dans la classe

    Il n’existe pas une réponse unique pour tous les usages. La grille aide à examiner l’objectif, le support, les sollicitations et les besoins des élèves. Un appareil peut aussi être un outil d’accessibilité.

    Le téléphone posé sur la table

    Les recherches sur sa seule présence donnent des résultats discutés. La méta-analyse de 33 études ne trouve pas d’effet global significatif. Cela se distingue des notifications reçues pendant une tâche et du multitâche numérique. [3, 7]

    Le papier et la compréhension

    Un avantage moyen du papier apparaît dans certaines conditions de lecture, notamment pour des textes informatifs sous contrainte de temps. Le choix reste à adapter à la tâche et aux aides dont l’élève a besoin. [2, 4]

     

    Travailler les usages pédagogiques avec votre équipe

    Une équipe peut partager les mêmes recommandations et rencontrer des difficultés différentes pour les appliquer. L’atelier permet de partir de ces situations et de choisir des ajustements compatibles avec la réalité du milieu.

    C’est le sens de « Vers une pédagogie numérique équilibrée », un atelier mené notamment avec l’équipe du primaire de l’École trilingue Vision Varennes.

    1. Avant la rencontre, deux questions préparent la réflexion.

    2. Pendant l’atelier, l’équipe examine ses situations avec des outils de résolution de problèmes et des profils d’élèves adaptés aux âges concernés.

    3. Pour passer à l’action, chacun repart avec une fiche « Mon action à tester », afin de traduire la réflexion en un essai concret.

    Équipe éducative échangeant sur les usages numériques lors d’un atelier.


    « Notre équipe a tiré des conclusions par elle-même quant aux pratiques technologiques à adopter et à laisser de côté. »

    — Kassandra Bernier, directrice de l’École trilingue Vision Varennes.


    Votre équipe souhaite travailler une situation de classe, préparer une rencontre de parents ou faire évoluer ses pratiques ? Nous précisons ensemble le public, les objectifs et les modalités. Des interventions à distance permettent également de rejoindre des milieux de la francophonie.

     

    Pour préparer notre échange, indiquez le niveau scolaire, le public concerné, la situation que vous souhaitez examiner et l’échéance envisagée.

     

    Les contenus de Bien & Mieux sont proposés à des fins d’information et d’éducation. Ils ne remplacent pas une évaluation, un diagnostic ou un traitement par un professionnel de la santé qualifié. Pour toute question concernant votre santé ou celle de votre enfant, consultez un professionnel habilité à évaluer la situation. Ne commencez, ne modifiez ou n’interrompez pas un traitement prescrit sur la seule base des informations publiées sur ce site ; demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.

     

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    Si votre équipe souhaite explorer ce sujet ensemble, je propose des ateliers pour les milieux éducatifs : on part de vos contraintes réelles pour bâtir des pratiques que vous pourrez adapter

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